Immersion musicale au Cameroun avec le Joué

Immersion musicale au Cameroun avec le Joué

 

Tanguy Lafond anime des projets de composition musicale avec des jeunes en formation. C’est ainsi que, son Joué en poche, il est parti au Cameroun créer de la musique basée sur les sons de l’Afrique rurale. Il nous raconte comment le contrôleur MIDI lui permet de travailler partout et avec tous.

 

Tout d’abord, peux-tu expliquer en quoi consiste ton activité ?

Je suis musicien, régisseur son et je fais partie du réseau des MFR, les Maisons Familiales et Rurales, l’organisme qui est au cœur de ce projet de composition avec des jeunes. Les MFR sont à la base une association de parents d’élèves qui répond
au besoin d’un territoire donné où il peut manquer une offre de formations dans telle ou telle branche de métier. L’association crée donc une école qui dispense les formations dont on a besoin sur le territoire. Il y a 686 MFR dans le monde, dont une grosse partie en France. Le réseau dépend du ministère de l’Agriculture, et il mène de multiples projets de coopération à l’étranger. 

 

« Le but de ce projet était de faire de la musique très simplement et de montrer aux jeunes que même sans passer par le conservatoire, on peut composer. »  

 

Et comment est né ton projet musical avec de jeunes Camerounais ?

Il se trouve que je travaille avec un groupe de musique qui est en contact avec les MFR, avec lequel je suis parti en voyage en Afrique pour faire un échange culturel. À la suite de ce voyage, avec les responsables des MFR avec qui j’étais parti, on a parlé du fait que j’étais artiste et que j’avais l’habitude d’enregistrer des sons un peu partout pour les intégrer dans mes compositions. Ce principe les a intéressés et on a décidé de l’appliquer à un projet de « voyage musical ». Je suis donc retourné au Cameroun fin 2018 rencontrer des élèves de 16 à 20 ans dans une école au fin fond du pays, et j’ai travaillé pendant 15 jours avec eux pour faire de la musique. On est allé enregistrer des sons ensemble dans les alentours, dans la forêt, au bord des rivières, etc. Le but était de retranscrire exactement ce qu’ils vivent dans leur quotidien, comment ils voient leur pays.

 

Comment t’es-tu servi du Joué dans tout cela ?

De retour à l’école, on a commencé le travail de composition, et c’est là que le Joué est entré en ligne de compte. J’avais mon Mac avec le logiciel Ableton, mais l’idée n’était pas de leur bourrer le crâne avec la technique et la programmation, ni même la théorie musicale et le solfège. Le but était de faire de la musique très simplement et leur montrer que sans passer par le conservatoire, on peut composer, que tout le monde en est capable. On a donc utilisé le Joué pour faire de la musique avec les sons qu’ils avaient captés, créer une rythmique avec, mais aussi pour les faire intervenir sur du piano et d’autres instruments, ainsi que sur des textures sonores que j’avais en stock. Et en même temps ils ont écrit des textes pour aller avec les compositions.

 

Tu étais l’heureux possesseur d’un contrôleur Joué que tu as emporté avec toi. Mais à l’origine, quand et comment en as-tu entendu parler ?

Quand il est sorti, via les réseaux sociaux. Étant friand de toutes les innovations en musique, je me suis penché dessus et j’ai trouvé son interface très intéressante, avec sa modularité et sa polyvalence ; le fait qu’on puisse simuler un grand nombre d’instruments différents avec un seul contrôleur, et le fait qu’il soit portable, car je suis assez mobile dans ma pratique de la musique, j’aime pouvoir créer et produire hors du studio, par exemple dans le train.

 

« J’ai choisi de travailler avec le Joué pour son aspect ludique et polyvalent. Les élèves peuvent faire de la guitare, du piano ou de la batterie avec un seul instrument, et une interface très ludique. »

 

C’est pour toutes ces raisons que tu as choisi le Joué pour le projet de voyage musical ?

Oui, pour son aspect ludique et polyvalent. Avec le Joué, je peux faire faire aux élèves de la guitare, du piano, de la batterie ou intégrer des sons sur des drum racks, le tout avec un seul instrument et une interface très ludique de par ses couleurs, sa matière et son mode de fonctionnement.

 

Et actuellement tu mènes un projet similaire, mais en France cette fois…

Oui, avec la MFR d’Escurolles, près de Clermont-Ferrand, qui porte le projet de voyage musical depuis le début. On s’était dit que ce serait intéressant de le faire aussi dans mon pays, avec des Français. Le principe est le même : on part capter des sons dans la nature. Je les ai missionnés pour qu’ils aillent enregistrer eux-mêmes avec leur portable, après avoir fait tout un travail de préparation sur les valeurs, les sentiments qu’ils veulent dégager, les sons qui pour eux évoquent leur pays et leur quotidien. Ensuite j’y retournerai pour passer à la phase de composition et ils écriront des textes. Je vais aussi cette fois pouvoir me servir des pads Grand fretboard et Grand piano du Joué, que je n’avais pas au Cameroun.

 

L’un des principes du projet est de faire de la musique avec des élèves qui n’ont pas de formation musicale ?

Oui. J’essaie toujours de partir du postulat que même sans la moindre formation musicale, on a toujours une oreille. Mais dans les classes il y a toujours quelques personnes qui ont déjà fait un peu de musique, quelques cours de piano, de guitare… Quant aux élèves camerounais, par la pratique des instruments traditionnels et du chant, ils touchent à la musique depuis tout petit sans même s’en apercevoir : ils me disaient qu’ils ne connaissaient pas la musique alors qu’ils avaient plus de pratique que la plupart des élèves occidentaux !

 

« Le grand avantage du Joué, c’est qu’il permet d’occulter la partie technique de la création musicale. »

 

Après ces premières expériences concluantes, tu vas continuer à te servir du Joué pour ce type de projets ?

Absolument. De toute façon, le Joué j’avais voulu l’acquérir pour moi au départ, car l’aspect ludique et expressif qu’ils ont voulu réintroduire dans l’interface, j’ai trouvé ça hyper intéressant et que ça manquait. Et pour le voyage musical c’est l’outil idéal, car les élèves n’ont même pas besoin de regarder l’ordinateur, le Joué suffit. C’est d’ailleurs exactement ce qui se passe dans la réalité : ils ont tout de suite envie de mettre les mains dessus et ils ignorent complètement l’ordinateur pour se concentrer uniquement sur le toucher et le jeu. C’est tout l’avantage du Joué, qui permet d’occulter la partie technique. Les enfants peuvent donc se jeter dessus sans retenue – après une courte démonstration pour qu’ils comprennent comment ça fonctionne –  en voulant essayer tous les pads. Les couleurs les attirent, et le fait de pouvoir enlever un pad pour en mettre un autre, c’est formidable, ça leur plaît beaucoup.

 

Est-ce que tu as déjà un prochain « voyage musical » en préparation ?

Oui, le prochain projet est déjà prévu, ce sera en Bosnie début 2020 normalement, avec des femmes musulmanes. Cette fois je vais donc travailler avec des adultes, mais toujours avec le Joué bien sûr. 

 

Est-ce que le réseau des MFR a pris conscience de l’intérêt du Joué pour ce type de projet ?

Oui, complètement. Les formations du ministère de l’Agriculture intègrent une
dimension socio-culturelle à la formation. Sur ces modules le travail par projet
prend tout son sens, ainsi les MFR ont décidé de travailler sur la musique, et
c’est là que je suis entré en jeu. Ils ont tout de suite été enthousiastes car cela
correspond tout à fait à leur vision de l’Education aux Mondes et aux Autres. Le projet a donc été très bien accueilli, et d’ailleurs l
e film de dix minutes que j’ai fait retraçant mon travail au Cameroun a eu pas mal d’échos.

 

Enfin, pour tes propres projets musicaux, de quelle façon te sers-tu du Joué ?

En tant que musicien, je suis passé au numérique il n’y a pas si longtemps, et je me sers du Joué pour la composition, pour pouvoir travailler de n’importe où. Je me sers pas mal de mon dictaphone, j’enregistre des sons un peu partout, et l’avantage du Joué c’est que je peux travailler dessus très facilement, ainsi que sur les effets, sans avoir besoin de rentrer dans la configuration des logiciels à chaque fois. En ce moment, je m’en sers pour mon nouveau projet drum‘n’bass, Straum.

 

Interview par Patrick Haour