Un Joué pour jouer avec la lumière

Un Joué pour jouer avec la lumière

octobre 21, 2019

Rencontre avec Pier Schneider, un des fondateurs de 1024.

 

1024architecture est un studio de création parisien, qui réalise des structures originales augmentées par la lumière, à mi-chemin entre installations artistiques et architecturales. Des contrôleurs MIDI sont souvent utilisés pour piloter les comportements lumineux de leurs projets, ouvrant de nombreuses pistes d’applications et de collaborations avec Joué. 


« Une des choses qui nous plaît avec le Joué, c’est qu’il est à mi-chemin entre le contrôleur et l’instrument de musique. »

Qu’est-ce que 1024 ? Une agence d’architecture artistique…?

En fait, 1024 n’est pas un cabinet d’architecture. Avec mon associé, François Wunschel, nous sommes tous les deux architectes de formation et « artistes de déformation », comme on aime à dire. On crée des installations artistiques qui mélangent le monde de l’architecture, du design et de l’art numérique. 1024 est une société de production d’installations artistiques qui produit les projets que nous imaginons, François et moi.

Et vous travaillez principalement sur des structures éphémères ?

Oui et non. On aime bien travailler dans différentes temporalités. Le Vortex de Darwin, à Bordeaux, est une installation permanente, par exemple [une structure en bois animée par des rubans de LED, construite par 1024 entre deux bâtiments du célèbre « éco-système » bordelais rassemblant bureaux, restaurants, boutiques et lieux culturels]. On travaille aussi bien sur le temps d’un show, pour des tournées d’artistes comme Étienne de Crécy, que sur des bâtiments, comme le bar restaurant de l’Île Seguin à Boulogne-Billancourt, qui est resté en place pendant quatre ans. Dans tous les cas, on injecte une dimension visuelle et lumineuse à nos projets.

Quand et comment avez-vous entendu parler de Joué ?

C’est Philippe Barre, le fondateur de Darwin, qui nous a mis en contact avec eux, très naturellement car Joué y a son bureau. Et on a rapidement commencé à discuter intensément sur les possibles applications et interactions entre le Joué, nos projets et les logiciels qui permettent de les piloter.

Vous utilisiez déjà des contrôleurs MIDI pour vos installations lumineuses ?

Ah oui, on utilise tout type de contrôleur MIDI, dont souvent des joysticks Playstation : c'est un outil formidable pour son côté ergonomique et ludique, notamment pour commander le Vortex, la BOOM-Box et autres projets que nous activons en live sur des set de DJ. Le Vortex a été pensé comme un outil de visualisation de la consommation électrique des bâtiments de Darwin, mais pour des événements, on peut le piloter en temps réel avec différents contrôleurs et logiciels, dont un qu’on a développé et qu’on commercialise, MadMapper. Le développement de logiciels est un aspect important de notre activité, et ce qui fait qu’il y a beaucoup de passerelles entre notre travail et ce que fait Joué. Ils ont développé un outil de contrôle, nous aussi ; sauf que dans leur cas c’est du hardware, et nous du software. Nous sommes du coup devenus très proches, on échange sur plein de problématiques communes.

Le contrôle de la lumière et de la vidéo sur des structures architecturales, c’est donc ça le cœur de ce que vous faites…

Notre travail comprend un aspect scénographique, un aspect visuel et sonore et un aspect de programmation informatique, soit le logiciel, qui nous permet de mettre le tout en relation, espace-image et son. On a très vite commencé à créer de petits programmes qui nous permettaient de faire un projet, et on s’est dit que ce serait bien de passer à un niveau supérieur en créant notre propre logiciel de mapping vidéo et lumière et contrôleur. On joue en live comme des musiciens, sauf qu’au lieu de sortir du son, on sort des notes de lumière, en quelque sorte. Du coup, une des choses qui nous plaît avec le Joué, c’est qu’il est à mi-chemin entre le contrôleur et l’instrument de musique.

Donc on peut imaginer de piloter vos installations avec un Joué ? 

Oui, avec n’importe quel contrôleur MIDI, mais notre intérêt pour Joué est immense, car on trouve l’outil génial et il a un très grand potentiel pour nous. On est en discussion avec l’équipe de Joué pour développer des pads qui seraient spécifiques aux besoins d’un contrôleur lumière et vidéo [alors que le Joué a été pensé pour la musique]. Il nous faudrait par exemple des sliders et curseurs avec des repères visuels. On les pousse beaucoup dans ce sens, et je crois qu’ils nous écoutent…

Quels sont les avantages que vous voyez dans le Joué en tant que contrôleur lumière et vidéo ?

Ce qui est génial avec leur contrôleur, c’est l’usage des pads en silicone, qui sont tout simples à fabriquer et ne coûtent pas cher. Du coup, on peut très facilement envisager de prototyper des pads spécifiques. On pourrait imaginer des pads exclusifs pour certains de nos projets. J'ai ainsi imaginé un prototype de pad spécifiquement designé pour le Vortex.

« Le rapport tactile, l’ergonomie et la sensualité du contrôleur, c’est primordial pour nous. »

Est-ce que cela vous ouvre des possibilités auxquelles vous n’auriez peut-être pas songé sans Joué ?

Tout à fait, car c’est un autre rapport, d’autres possibles, d’autres façons d’interagir… Il y a plein de pistes à explorer. Nous, ce qui nous intéresse, c’est de faire des dispositifs et ensuite d’interagir physiquement avec, et avec Joué, en plus de la possibilité de créer des pads spécifiques, il y a la qualité du silicone avec lequel ils sont fabriqués, qui ont vraiment un côté soyeux, presque sensuel. Le contact qu’on a avec l’objet, c’est fondamental, et Joué fait un très beau travail là-dessus.

Par ailleurs, le Joué se veut un objet avec un design soigné et un souci de la qualité des matériaux ; vous devez être sensibles à cela…

Oui, c’est une des choses qui nous rassemblent : le désir de faire des produits durables, élégants et bien faits. Beaucoup de petits contrôleurs MIDI sont en plastique et, se cassent au bout de trois représentations… La durabilité, ça compte beaucoup pour nous, au même titre que le toucher, car on est très sensibles à la plastique des choses. J’apprécie aussi beaucoup le côté ludique et accessible de l’objet, qui donne vraiment envie de jouer, c’est le cas de le dire. Dans le monde des arts visuels, on a par exemple toujours été estomaqué de voir que les VJ passent la soirée les yeux rivés sur leur écran d’ordinateur au lieu d’être connectés à ce qui se passe dans la salle. Nous, l’ordinateur, on s’en fiche : ce qu’on regarde, c’est le résultat. Ce qui compte, c’est le lien qu’on a avec l’œuvre, et ce lien se fait via le contrôleur, donc l’ergonomie et la sensualité du contrôleur, le rapport tactile, c’est primordial pour nous.
 

Interview par Patrick Haour